Quand peut-on parler de « gaspillage » ? Pourquoi a-t-on tendance à accumuler et stocker des objets ? Ce sont les questions auxquelles répond Valérie Guillard, professeure des Universités en marketing à l’université Paris-Dauphine. Dans le cadre de ses travaux de recherches, elle livre une analyse des comportements et pratiques des consommateurs.

 

« Gaspiller, ce n’est pas que l’alimentaire, l’eau ou l’énergie ! »

Lorsque l’on demande aux personnes de citer des mots auxquels elles associent le « gaspillage », la grande majorité d’entre elles évoque tout d’abord l’alimentaire. C’est normal ! Nos représentations se construisent selon ce qui se dit dans la société. Le gaspillage est un terme largement médiatisé : la loi sur le gaspillage alimentaire de 2016, la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte en Europe, etc. C’est également un terme dont on parle à la maison, en famille : les traumatismes dus aux manques des générations passées se transmettent. Jeter de la nourriture est donc un « sacrilège » dans bon nombre de foyers comme l’est le fait de faire couler un robinet ou ne pas baisser le chauffage lorsqu’on s’absente de la pièce. Contrairement au gaspillage alimentaire, le gaspillage des objets n’est pas toujours visible. Il est aussi plus diffus puisqu’il concerne des biens non périssables. Où se cache le gaspillage lorsqu’il concerne des objets matériels ?

 

Comment peut-on gaspiller des objets ?

Il y a des dizaines de façons de le faire : en les donnant, les vendant, les stockant, les abandonnant, en ne les réparant pas, les jetant… ! Généralement, le gaspillage des objets se définit par leur perte d’utilité (Arkes, 1996). Et ça commence par l’achat. Il nous arrive à tous et toutes d’acheter des objets (neufs ou non) sans questionner nos besoins, sans nous demander si et à quoi il va vraiment nous servir. Car questionner ses besoins n’est pas une démarche habituelle, apprise. Et ces objets achetés sans véritables besoins ne seront pas ou peu utilisés, probablement stockés voire donnés dans l’objectif de se donner l’autorisation d’en racheter un. Le gaspillage commence donc là, par le ‘trop’ d’objets et le ‘pas assez’ de réflexion.

Autre source de gaspillage : l’accumulation d’objets inutiles. De nombreux consommateurs disent qu’ils gardent des objets car ils ne veulent pas les jeter. Très bien ! Mais garder des objets, c’est priver autrui de leur usage. Les objets peuvent se dégrader, perdre leur utilité, leur superbe. Pire, ils seront jetés un jour lors d’un déménagement ou autres situations d’urgence. D’où vient cette compulsion à « tout garder » ?

 

Cette tendance à accumuler… 

Elle est plus ou moins présente chez bon nombre de personnes pour des objets différents. Pourquoi ? Parce que nous tissons des liens émotionnels aux objets qui rend leur séparation difficile : un lien instrumental, c’est le fameux « ça peut toujours servir » ; un lien sentimental « ah, ce stylo, je l’avais pris pour passer le bac, c’est un souvenir, je le montrerai à mes enfants » ; un lien social « je garde ces romans pour les donner à ma cousine » sauf que la cousine est déjà venue trois fois et vous avez oublié de les lui donner. Enfin, le lien aux objets peut être économique : certains gardent des vêtements uniquement parce qu’ils les ont payés cher et que « c’est trop beau pour être donné, pour être mis dans une boîte dans la rue ». Dépenser de l’argent peut être une véritable « souffrance » chez certaines personnes ce qui les conduit à « tout garder ».

 

Qui a tendance à jouer les écureuils ?

Les hommes ou les femmes ? Disons que les femmes osent déclarer avoir une tendance à tout garder. C’est ce qui ressort des enquêtes quantitatives conduites à ce sujet. Mais à y regarder de plus près on constate que les hommes « font garder » les femmes qui sont finalement des intermédiaires. N’est-ce pas encore plutôt elles qui ont le souci de ranger les armoires et placards, faire le tri, intervertir les vêtements entre les saisons, etc ? Féministe ? Non, réaliste ! C’est observé à domicile lors d’enquêtes ethnographiques et quel que soit l’âge des protagonistes.

 

Bref, en somme, ne pas gaspiller des objets ça s’apprend et les participants au Défi « Rien de neuf ? » en font actuellement l’expérience et en montrent l’exemple.

 

Pour aller plus loin :

Garder à tout prix, une tendance très tendance (Éditions Vuibert, 2013)

 

Et vous avez-vous tendance à jouer les écureuils ? Faite le Test !